« Faites la révolution, mangez local! »

(2018, août). Pour la 10e édition de la Semaine québécois des marchés publics, la grande tournée des marchés m’a menée à titre de porte-parole dans 10 marchés aux quatre coins du Québec*.

Ma mission : faire lever une vague de gratitude entre clients et marchands, entre mangeurs et producteurs. J’ai parlé à des milliers de consommateurs en marchés publics, de Compton à Rimouski, de Valcourt à Val d’Or, en passant par les grands marchés de Québec et Montréal. Retour sur une semaine hors du commun en 5 constats et réflexions.

1. 250 raisons d’aimer son marché!

À chacun des marchés visités lors de la tournée, j’invitais les gens à remplir une grande bannière (voir photo plus bas) en écrivant pourquoi ils aiment leur marché. Au total, 150 personnes sur 9 marchés ont pris un instant pour laisser un, ou plusieurs mots, totalisant 250 expressions (qui s’entrecoupent allègrement) pour exprimer leur amour pour leur marché. L’apprentie-chercheuse en moi n’a pas pu s’empêcher de faire un peu d’analyse qualitative, à la bonne franquette!

La raison qui revient le plus souvent? La fraîcheur! Suivie de près par la qualité et le goût. Cela rejoint les constats d’une étude à laquelle j’ai participé avec Extenso et Équiterre : la fraîcheur et la qualité des produits figurent en tête des motivations pour lesquelles les gens visitent leur marché.

Mais c’est loin de s’arrêter là! Vient ensuite l’ambiance des marchés (atmosphère joyeuse, sourires, rencontres entre clients et enrichissants échanges avec les producteurs passionnés…). Puis l’idée de manger local et de ce fait d’encourager l’économie locale et la vitalité de sa région.

Viendront aussi une panoplie d’autres raisons, de la sphère émotive (moment de bonheur, nostalgie d’un ancien jardin), la variété des produits, les découvertes, les dégustations, la beauté des lieux, la santé, la traçabilité, des produits spécifiques et des motivations de responsabilité citoyenne! On peut lire sur certaines bannières « Acheter c’est voter« , et « Faites la révolution, mangez local! »

Concluons ici sur une série de raisons particulièrement jolies!

« Appétissant, stimulant, inspirant »
« Se réunir en famille et être gourmands »
« Un moment de bonheur parfait qui se poursuit toute la semaine! »
« Parce que la santé des êtres et celle des régions passe par l’alimentation »
« Parce que ça me rend optimiste »
« J’y trouve ce que je n’ai pas dans mon potager »
« On sait ce qu’on mange, bravo! »

Photo: Les dévoués gestionnaires de marché et leurs complices, tenant la bannière d’amour envers leur marché.

2. Le sens du village

Tel qu’indiqué ci-dessus, l’ambiance des marchés, leur caractère humain et chaleureux, leur rôle social comme lieu de rencontres et de création de liens et de sens font partie des raisons importantes pour lesquelles les gens aiment leur marché. Certes un peu moins perceptible dans les marchés des grands centres à Montréal et à Québec, un sens d’appartenance à la communauté est bien palpable et m’a beaucoup touchée dans les nombreux marchés visités. Ils sont les nouveaux parvis d’église! Ça jase, ça se salue, ça se donne des nouvelles, ça s’envoie des blagues, ça se fait goûter, ça transmet, ça sourit. Fred Pellerin, que j’admire devant l’infini, serait sans doute d’accord. Je termine d’ailleurs ici avec ses paroles, lues dans Le Devoir, qui s’appliquent aussi bien à l’appartenance à un village qu’à l’appartenance au marché du village, avec tout le sens qui vient avec!

« Toi, t’appartiens-tu à de quoi ? L’as-tu essayé, d’appartenir à quelque chose ? (…). D’être dans une réflexion, de poser des gestes, d’être citoyen de quelque chose. C’est hallucinant ce que ça donne comme vertige et comme sens. »

Merci Fred pour l’ensemble de ton œuvre, et (je me fais porte-parole de nombreuses personnes rencontrées au fil de la tournée) merci aux marchés de nous permettre de savourer le plaisir de faire village et d’être citoyens dans nos façons de remplir nos assiettes!

3. Le prix : pas un enjeu pour les clients

On entend parfois dire que les prix sont élevés au marché. Je réponds souvent : « par rapport à quoi? ». Lorsqu’on compare des aliments de qualité égale, ce n’est généralement pas vrai. Et encore moins vrai en pleine saison d’abondance! Ce sont généralement les non-clients qui véhiculent cette croyance; car quand on est client des marchés et des circuits courts, on réalise rapidement que le bilan global de nos achats alimentaires n’est pas plus élevé. Sans compter que quand on remplit son panier d’aliments locaux frais et de saison, on cuisine davantage, ce qui est bon à la fois pour la santé et pour le porte-feuille en misant moins sur les aliments industriels ou transformés. Selon l’étude d’Extenso et Équiterre mentionnée plus haut, le prix avantageux fait même partie des motivations à visiter un marché pour plus du tiers des répondants.

J’ai parlé à des milliers de consommateurs en marchés publics pendant ma tournée, des marchés de villes comme de villages, d’est en ouest de la province, du matin au soir. Jamais (à part un monsieur qui magasinait le prix de sa douzaine de maïs) on ne m’a parlé de prix élevé sous forme de critique. J’ai pourtant engagé la conversation avec un nombre significatif de clients de tous les âges et aux réalités variées (jeunes familles, couples retraités, étudiants, etc). Je pense qu’un mot-clé est « client » : quand on a l’habitude d’acheter au marché ou en circuit court, on sait que l’ensemble de nos courses ne revient pas plus cher. En enrichissant notre culture agroalimentaire au fil des jasettes avec les producteurs, on développe la conviction qu’on paye un juste prix, si bien qu’on cesse de le questionner. C’est de l’achat équitable à saveur locale! On développe une fierté de tendre son argent directement à la personne qui a récolté ou concocté nos produits. Évidemment, ça n’a pas de prix!

4. La beauté de la gratitude

L’opération « gratitude » qui a été déployée sur les marchés visités a créé du beau. Des « frissons de bonheur » jusqu’au sentiment d’être gâté comme à la Saint-Valentin! (voir les deux photos ci-bas). Et ce ne sont que quelques exemples. Des dizaines de producteurs ont reçu une bonne dose de « mercis » bien sentis. C’était beau à voir, les cartes qui se tendent, les regards un brin timides, les joues qui rosissent, les mains sur le cœur, les regards bienveillants, les tapes dans le dos, les poignées de mains, les cœurs qui gonflent et les sourires qui s’étirent. On oublie parfois la puissance d’un simple « merci ».

5. Poésie agropoliticoécologique

Dès les premiers kilomètres de ma tournée, la chanson « Il me reste un pays » de Gilles Vigneault a joué à la radio pendant que je traversais d’éblouissants paysages illuminés par la douce lumière du petit matin. J’ai eu la chanson dans la tête à tous les jours, et plus les visites s’enfilaient, plus les paroles résonnaient avec un sens particulier. Prenez le temps de lire cette si jolie poésie agropoliticoécologique!

Un bon matin, avant de prendre la route, j’ai publié le poème avec un petit mot au bas qui fait le lien entre les paroles de la chanson et ma tournée, une sorte de bilan que je place ici en guise de conclusion!

Poésie agropoliticoécologique en espoir, en fierté et en beauté. Merci Gilles Vigneault 🌾 En tournée, quand je parcoure le territoire pour semer la volonté de manger près, que je rencontre ceux qui le cultivent, et ceux qui s’en nourrissent et s’en réjouissent, je sais qu’il nous reste un pays à manger, je sens qu’il nous reste un pays à continuer de changer. Et que (du moins pour l’alimentation locale et durable) les gens sont réceptifs. Construire des ponts entre ceux qui cultivent le pays et nous qui s’en nourrissons, c’est la mission que je poursuis pour traverser la rivière qui sépare parfois le consommateur de l’agriculture. Des ponts nécessaires pour mieux se connaître, se comprendre, s’apprécier. S’il me reste un pays à prédire, j’aime l’imaginer vivant et nourricier pour la proximité, vert et fier de son identité et de sa saisonnalité, créatif et généreux non seulement en récoltes mais en saveurs et en sens. 🌱 Ok bye, mélodie en tête, je reprends le champ! #mercigillesvigneault #poesie #ilnousresteunpays #tournéedesmarchés #SQMP #proximité

A post shared by JulieAube.com (@julieaubedtp) on

La 10e édition de la Semaine québécoise des marchés publics est une initiative de l’Association des marchés publics du Québec en partenariat avec l’Union des producteurs agricoles et le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation.

Cette 10e édition de la Semaine québécoise des marchés publics est maintenant terminée, mais les récoltes, elles, continuent de battre leur plein! Les agriculteurs et artisans gourmands vous attendent encore pour plusieurs semaines, selon les marchés, pour vous donner accès à une alimentation de qualité et de proximité. Profitez-en pour remplir vos assiettes d’aliments frais dont vous connaissez la provenance et pour en faire provision pour les mois à venir. Faites la révolution, mangez local!

*À noter que les émissions carbone de la tournée ont été compensées.

 

Julie Aubé

Prenez le champ avec moi pour rencontrer des producteurs et artisans passionnés, découvrir des saveurs extraordinaires et vous délier les jambes en parcourant les territoires gourmands du Québec et d’ailleurs!
En savoir plus
 

Écrire un commentaire