Histoires de pêche blanche

(2018, février) Les poissons et les fruits de mer font régulièrement les manchettes et pas toujours pour les bonnes raisons : pêche peu durable, contaminants, bactéries, traçabilité quasi absente, falsification, etc. Encore tout récemment, on parlait dans La Presse de l’éventail d’anti (antibiotiques, antifongiques, antiseptiques…) et autres substances retrouvées dans les produits de la mer importés.

C’est pourquoi je m’intéresse entre autres aux trésors durables du Saint-Laurent (dont j’ai parlé ici, ici et ici). Une autre façon de manger du poisson local et durable, c’est de lancer sa ligne à l’eau!

J’attendais avec impatience mon premier voyage de pêche blanche au Saguenay – Lac-Saint-Jean prévu depuis l’automne. Quoi de mieux pour profiter des splendides paysages hivernaux de cette région grandiose tout en travaillant pour mon souper? Faire des efforts pour garnir son assiette incite bien souvent à accorder plus de valeur à chaque bouchée, et en ce sens l’activité est non seulement du plein air gourmand fort agréable, mais également une savoureuse occasion de conscientisation. Sans compter le plaisir de se familiariser avec un geste d’autonomie alimentaire tout en se remplissant les poumons d’air pur, de connaître exactement ce qu’on mange et d’où ça vient, puis de se délecter de poisson difficilement plus frais!

L’aventure vous tente? Voici deux façons de s’initier à la pêche blanche au Saguenay – Lac-Saint-Jean.

Au lac Saint-Jean, avec Charles Dufour

Premier arrêt chez Pêche blanche Lac St Jean. Originaire de Roberval, le propriétaire Charles Dufour pêche sur le lac depuis sa tendre enfance, hiver comme été. De son propre aveu, comme il est aussi garde-pêche durant l’été, Charles est probablement celui qui passe le plus de jours sur le lac durant l’année. Le guide tout indiqué pour cette sortie! Il nous accueille à la marina de la ville, d’où on embarque en motoneige vers l’une de ses quatre cabanes, situées à environ 4 km des rives, où l’on pêche à environ 20 pieds de profondeur.

Une fois sur le site, Charles perce les trous dans la glace, qui fait de 16 à 18 pouces d’épaisseur à la fin janvier, et y installe les brimbales (mécanisme à levier sur lequel la ligne à pêche est installée). C’est cet instrument qui captivera notre attention toute la journée, car quand un poisson mord l’appât d’éperlan, la ligne baisse et déclenche le signal de départ de la course pour aller remonter le poisson. Assez sportif comme activité quand les poissons décident de se mettre à mordre tous en même temps!

Charles fait remarquer que les poissons sont davantage au rendez-vous en matinée. Il est donc judicieux de prévoir un départ aux aurores. Toutefois, c’est toujours Dame nature qui a le dernier mot : on peut attraper 27 poissons comme on peut n’en pêcher aucun. Le jour de ma sortie, 10 lignes ont été installées et 10 poissons ont été remontés (surtout en matinée). Et surtout des dorés, avec quelques perchaudes. Sur le Lac Saint-Jean, le brochet aurait aussi pu mordre à l’hameçon. (À noter que Charles compte aussi des cabanes sur un autre lac pour la pêche à la truite mouchetée).

Tout au long de la journée de pêche, on doit veiller à « déglacer » les trous, car une fine couche de glace s’y reforme, ce qui risque d’emprisonner le fil. La pêche sur glace, c’est donc une activité à la fois active et contemplative. Active parce que, par le temps qu’on ait fait le tour de tous les trous pour les déglacer, il est déjà presque temps de recommencer. Contemplative, voir hypnotisante, parce qu’on développe vite le réflexe de scruter sans arrêt, ou presque, les brimbales pour y détecter le moindre mouvement.

Ce qui nous hypnotise aussi, c’est l’aspect grandiose du paysage! Comme j’ai eu la chance d’y être par une belle journée ensoleillée, j’ai pu admirer le contraste entre le bleu du ciel et le blanc du grand lac de 1000 km carré qui s’étend jusqu’à l’horizon. Car à part quelques cheminées d’usines qui permettent de situer entre autres Roberval et Alma, on nage en plein désert de glace.

Les lignes à pêche sont stratégiquement placées dans les angles des fenêtres des cabanes. Ainsi, on peut les surveiller, même si on fait un tour à l’intérieur pour se réchauffer un peu au coin du poêle à bois. J’en profite pour discuter avec Charles de son entreprise, qu’il a démarrée seul en 2012. Aujourd’hui, il compte quatre employés, avec qui il accueille des pêcheurs des quatre coins du Québec. Un de ses grands plaisirs, c’est de voir la joie illuminer le visage des gens lorsqu’ils prennent un poisson.

En après-midi, le guide se transforme en poissonnier pour lever les filets des prises du jour. Si le cœur nous en dit, on peut aussi mettre la main à la pâte (ce que j’ai évidemment fait). Des filets seront cuits sur place, au beurre tout simplement, ou encore dans l’huile, préalablement légèrement enfarinés. La récompense de fin de journée de pêche! Le proprio garde la préparation volontairement simple, question de laisser au goût du poisson toute la place. Et quel goût! Je me rappellerai longtemps de la douceur noisettée du doré d’une fraîcheur imbattable. Si la pêche a été bonne, le groupe se partage les autres filets et pourront s’en délecter lors de futurs repas à la maison tout en racontant leurs histoires de pêche!

Ouverte autour du 20 décembre jusqu’à la fin mars, la pêche blanche sur le lac Saint-Jean est à son meilleur les trois premières semaines de janvier et les trois dernières de mars selon Charles. Mieux vaut réserver vos escapades d’avance si vous souhaitez y aller à ces périodes!

Les sorties de pêche blanche guidées sur le lac peuvent se faire en groupe de 2 à 8 personnes, et donnent droit à cinq lignes par pêcheur. Le tarif par personne varie selon la taille du groupe. Outre le permis de pêche d’un jour, n’oubliez pas d’apporter votre lunch et bien entendu, de vous habiller chaudement, pour profiter des panoramas infinis que vous offre le lac.

Pêche blanche Lac Saint-Jean
418-218-1994 / info@pecheblanche.net

Sur le fjord, avec Le Perchoir

Deuxième arrêt : au fjord, avec l’équipe du Perchoir, dont l’aventure débute en 2014, à Saint-Félix-d’Otis, lorsque Iris Paquette et Michaël Marcotte ouvrent leur bistro. Deux amis, Jessica Beaulieu-Leconte et Maxime Arcand-Rouleau, embarquent dans l’aventure à l’été 2017. Grâce à ce renfort s’ajoute une charmante auberge dont les chambres offrent une vue imprenable en surplomb sur le lac Otis. Pour divertir les visiteurs, le Perchoir propose différentes activités au fil des saisons dont, vous l’aurez deviné la pêche blanche sur le fjord en hiver.

Ce sont Michael et Maxime qui nous amènent pêcher, à l’Anse-aux-Érable, une anse tranquille, beaucoup plus tranquille que les grands villages de pêche de La Baie que vous verrez sans doute en route. C’est parce qu’il s’agit d’un accès privé, en face de Sainte-Rose-du-Nord. Seulement quelques cabanes ponctuent le paysage, avec en arrière-plan le majestueux fjord. De quoi faire rêver longtemps.

Contrairement au lac, l’eau du fjord est salée. On y pêche surtout du sébaste et de la morue. Et ici, on ne pêche pas à la brimbale, mais plutôt à la canne à pêche.

Une fois la ligne à l’eau, on s’amuse à taquiner le poisson. Comment on fait ça, taquiner un poisson? Michaël et Maxime nous expliquent la technique des gens du coin : on fait bouger pendant quelques secondes notre canne pour attirer l’attention des poissons, puis on l’immobilise pendant 30 secondes. On peut ainsi « sentir » si un poisson se laisse tenter par l’appât… S’il ne se passe rien, on recommence. Si, au contraire, un poisson grignote notre appât, on monte doucement la canne jusqu’à ce qu’on sente qu’il a pris une bonne bouchée, puis on donne un coup sec. C’est alors que la longue remontée commence, en espérant tout le long que le poisson reste accroché! On peut déjà deviner de quel poisson il s’agit, selon la vigueur des coups. Le sébaste cesse de se débattre à une certaine hauteur tandis que la morue donne des « coups » sur la ligne durant toute la remontée. Grand amateur, Michaël nous avoue d’ailleurs que s’il pouvait être à la pêche 24 h sur 24, il le ferait. Il faut dire que la saison de pêche est plus courte que sur le lac Saint-Jean. Cette année, elle s’étend de mi-janvier au tout début mars!

Près des rives, on peut aussi attraper du capelan, délicieux à manger ou parfait pour appâter les poissons de fonds. Parlant de fonds, il peut être très creux dans le fjord, jusqu’à plusieurs centaines de pieds de profondeur! Au site de Michael et Maxime, les lignes descendent à environ 180 pieds. On est loin des 20 pieds sur le lac! Selon l’emplacement des cabanes à pêche (certains pêchent jusqu’à 400 ou 600 pieds de profondeur), le suspens durant la remontée de la ligne peut durer longtemps!

Parmi les autres espèces qui naviguent dans les profondeurs du fjord et qui mordent à l’hameçon, on trouve entre autres des raies et des crabes des neiges. Des prises plutôt inattendues! Toutefois, la réglementation nous oblige à remettre ces espèces à l’eau. Donc on ne rapporte pas de souper, seulement une bonne histoire de pêche à raconter. C’est d’ailleurs ce qui m’est arrivé puisque le premier poisson que j’ai remonté était… une raie! Plusieurs minutes d’efforts et d’espoir… pour une bonne histoire!

On a terminé la journée par une dégustation sur place, après avoir ici aussi levé les filets et cuit sébaste et morue on ne peut plus frais directement dans la cabane à pêche. Un régal qui donne envie de remettre la ligne à l’eau encore et encore!

Le Perchoir
191 Vieux chemin, Saint-Félix-d’Otis, G0V 1M0
418 544-9953 / info@leperchoir.ca

Le séjour de pêche a été réalisé avec le soutien de Tourisme Saguenay – Lac-Saint-Jean. Le texte respecte la politique éditoriale de JulieAube.com.

Julie Aubé

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