(2022.12). J’aime les livres. J’en écris, j’en dévore, j’en utilise au quotidien. Ils sont des outils, des amis, des décos, des guides, des compagnons (je ne pourrais pas adopter une sacoche qui ne soit pas minimalement assez grande pour y insérer un petit livre). J’ai de la misère à décrire la sensation qui m’envahit dans une librairie ou une bibliothèque. Une sorte d’étourdissement : l’abondance m’émerveille (il y a taaant à lire!) et l’effet planant se mélange à une sorte de lourdeur qui s’impose en réalisant que TOUT lire est impossible. Une partie de mon cerveau se sent dans une caverne d’Alibaba, dans l’autre Michel Fugain me niaise en chantant : même en courant, je n’aurai pas le temps… pas le temps. C’est quand même quelque chose d’accepter que tant de gens brillants ont passé des années de leur vie à coucher sur papier leurs idées, leurs recettes ou leurs histoires, et que, platement, je n’aurai pas le temps de tout découvrir. (First world problem, je sais)… Tout ça pour dire que… j’aime les livres! Et ce qu’a écrit Émilie Perreault dans Service Essentiel (2021) : « J’adore l’idée que les livres nous donnent des nouvelles de nous« . Beau!

La genèse d’un défi

J’ai une relation différente entre les livres de lecture et les livres de cuisine. Les romans et les essais, j’en garde peu, j’aime les faire circuler. Les livres de recettes, c’est différent : je les collectionne. Il faut dire qu’une partie de mon travail est relié au développement de recettes et donc, ils sont des inspirations, des références, des outils de travail. Il m’arrive souvent, quand je prends une pause, de sortir un livre de cuisine de la bibliothèque au hasard et de le feuilleter en le tapissant de post-it « à essayer »… puis de le replacer sagement dans la bibliothèque car je dois reprendre le travail. Mais bien vite viendra l’heure de mettre un souper sur la table et c’est quand même rare que j’ai le temps de revenir, en fin de journée, vers ma bibliothèque. Telle recette aurait nécessité que je sois passée au marché. Telle autre que j’aie fait une étape de pré-préparation le matin ou la veille. S’il me vient l’idée de faire une sauce gribiche pour garnir des légumes de saison rôtis, j’ai rarement le temps d’ouvrir mes livres pour en trouver un qui contient la recette de sauce, et ça finit souvent sur Google. Mes livres de cuisine, je les lis et je les tapisse de post-it tel une wishlist qui s’allonge de semaine en semaine, mais est-ce que je les fais réellement toutes ces recettes que les cuisiniers et autres auteurs ont pris le temps de développer, d’écrire et de partager? Pas assez à mon goût.

C’est ainsi qu’est née l’idée du défi « Du post-it à l’assiette » : cuisiner au moins 52 recettes tirées de livres de recettes en 2023. Cette année, quand je vais repérer une recette qui me fait envie dans un livre, je ne ferai pas juste l’affubler d’un magnifique post-it, je vais aussi la mettre concrètement à l’agenda.

« Du post-it à l’assiette » – édition 2023

Le défi « Du post-it à l’assiette » vise à sortir, de temps en temps, de ses automatismes culinaires en libérant – au moins 52 fois dans l’année! – le potentiel gourmand qui dort sur les tablettes de sa bibliothèque.

Il y aura bien sûr des soirs pour les classiques appréciés par ma gang, d’autres pour consulter mes sites web de recettes préférés, d’autres encore pour les touskis et l’improvisation (auxquels cas Google saura encore m’accompagner au besoin!). Mais en 2023, il y aura aussi quelques plats – au moins 52 – qui passeront du livre à la réalité.

Ce défi, j’en ai parlé à des amis(es) dans les dernières semaines, et plusieurs embarquent. On a créé un beau Excel pour noter les recettes effectuées dans le cadre du défi en cours d’année. Nous avons pensé les évaluer à l’aide d’un système d’étoiles. En décembre prochain, on fera peut-être un pot-luck de « 5 étoiles », ou encore un échange de recettes, par exemple en scannant et partageant nos Top 5 entre participant(e)s.

On a convenu de garder ça simple et flexible :

  • La cadence peut s’ajuster à sa réalité : pas obligé de suivre le rythme d’une recette par semaine. (Par exemple, j’ai plus de temps l’hiver que l’été, je peux en cuisiner deux par semaine en hiver et sauter quelques semaines l’été).
  • Tous les types de recettes sont acceptés, du cocktail au dessert, sucré comme salé, du plus simple au plus élaboré. Tant que ça se mange ou que ça se boit.
  • Plus d’une recette peut venir d’un même livre.
  • On tente de respecter la recette originale, mais des substitutions mineures sont ok. (Par exemple, je pourrais démarrer une cuisson à l’huile de tournesol plutôt qu’à l’huile d’olive, pour opter pour un ingrédient local, sans changer l’esprit de la recette).
  • Pas besoin de posséder le livre : il peut être emprunté à une connaissance ou à la bibliothèque.
  • Pas de problème à faire certaines recettes déjà essayées dans le passé (en gardant en tête que l’idée c’est de sortir de ses automatismes et d’explorer).

On se donne ces quelques grandes lignes communes, mais évidemment, il n’y aura pas de police! On fait ça pour le plaisir et au final, chacun(e) mènera son défi comme il le souhaite. Pour ma part, j’aime cuisiner autant que possible à base des produits issus de l’agriculture de proximité, ce sera à moi de choisir les recettes qui le permettent au fil des semaines.

Vous embarquez?

J’écris tout ça aujourd’hui, à l’aube de la nouvelle année, parce que je soupçonne qu’il y a des gourmands ici qui pourraient se reconnaître dans l’envie de cuisiner davantage ses livres… et – qui sait? – être tentés de relever le défi avec nous! Si c’est votre cas, ce lien permet de demander accès au Drive dans lequel se trouve le Excel du Défi « Du post-it à l’assiette » édition 2023!

Il n’y a rien à gagner sauf le plaisir de cuisiner du nouveau, la fierté de relever un défi, la motivation à ne pas le faire seul(e), l’amour indéfectible des chanceux pour qui on cuisine et peut-être un futur répertoire des recettes TOP 5 des autres participants à la fin de la prochaine année.

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Photo : Ariel Tarr

Julie Aubé