Nourrissantes notes de lecture

(2017, décembre). En 2017, j’ai décidé de prioriser la lecture en me lançant à moi-même le défi de lire au moins 12 livres, d’un couvert à l’autre, au cours de l’année. N’importe quel livre (sauf des livres de recettes puisque ce n’est pas de la « lecture » à proprement dit!), petit ou gros, tant que c’est d’un couvert à l’autre. Pour l’amatrice de lecture que je suis, 12 livres, ça semble si peu. Et pourtant, la vie occupée étant ce qu’elle est, j’ai complété le défi de justesse en tournant la dernière page du 12e livre avant-hier. Fiou!

Je partage un extrait de mes lectures (11 essais et une bande dessinée), qui invitent à prendre un temps pour regarder notre façon de vivre, particulièrement notre façon de s’approvisionner et de s’alimenter, avec de nouvelles lunettes. Bonne dégustation!

Les champs de bataille. Roméo Bouchard (2014)

J’ai lu ce livre-là les 1er et 2 janvier 2017. Laissez-moi vous dire que cette lecture était parfaite pour commencer une année engagée du bon pied!

« Les milliers de petits agriculteurs et d’artisans qui réinventent une agriculture de proximité, basée sur une connaissance et un respect sans précédent des plantes, des animaux, des écosystèmes naturels et des besoins des communautés auxquelles ils appartiennent, sont en train de faire la preuve qu’on peut nourrir la planète autrement. Ils font preuve d’une créativité, d’une intelligence et d’un savoir-faire étonnants. Ils sont sans contredit l’avenir de l’agriculture. »

The Omnivore’s Dilemma. Michael Pollan (2006)

Je me suis ensuite lancée dans un doublé de Michael Pollan (celui-ci et le suivant). J’avais beaucoup aimé Cooked et Food Rules, mais je n’avais pas encore attaqué ces monuments de la littérature agroalimentaire. Dans celui-ci, on explore l’origine de quatre repas provenant de différentes méthodes de production et d’approvisionnement alimentaires. Du bonbon, nourrissant à souhait!

« Our food system depends on consumers not knowing much about it beyond the price disclosed by the checkout scanner. Cheapness and ignorance are mutually reinforcing. And it’s a short way from not knowing who’s at the other end of your food chain to not caring—to the carelessness of both producers and consumers. »

In Defense of Food. Michael Pollan (2008)

Dans ce livre, Michael Pollan répond à la fameuse question « que devrait-on manger? » avec sa célèbre réponse : « Eat food, mostly plant, not too much ». Il l’accompagne de 256 pages de réflexions comme celle-ci :

« When most of us think about food and health, we think in fairly narrow nutritionist terms—about our personal physical health and how the ingestion of this particular nutrient or rejection of that affects it. But I no longer think it’s possible to separate our bodily health from the health of the environment from which we eat or the environment in which we eat or, for that matter, from the health of our general outlook about food (and health). »

En as-tu vraiment besoin? Pierre-Yves McSween (2016)

En tant que passionnée de la vulgarisation agricole/agroalimentaire, j’ai beaucoup apprécié la façon humoristique avec laquelle le comptable Pierre-Yves McSween aborde la vulgarisation financière, particulièrement son penchant assumé pour la simplicité volontaire. Je propose un extrait où finance et saine alimentation s’entrecoupent!

« Sur la vitrine d’un restaurant, un autocollant usé « Just Eat » a été apposé. Allez, mon goinfre, ne fais même plus l’effort de couper un légume ou de brasser ta soupe. Fais juste manger, c’est si facile. Mange n’importe quoi jusqu’à ce que tes papilles se tannent de goûter. Des milliers d’années à faire soi-même ses repas pour en arriver à ce moment où l’humanité est la plus passive, culinairement parlant. Au fait, quel est le prix quand on fait « juste manger »? Trop élevé. Et c’est sans compter l’absence de contrôle sur le contenu de son assiette. Ne pas cuisiner est synonyme d’appauvrissement. »

Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces arbres. Boucar Diouf (2015)

Dans ce livre, Boucar Diouf marie biologie, conte et poésie avec une touche d’humour pour présenter son amour pour les arbres et les végétaux. Dans cet extrait avec lequel McSween serait sans doute bien d’accord, Boucar Diouf cite sa grand-mère :

« Vouloir atteindre le bonheur par la seule course à la possession équivaut à essayer d’éteindre un feu avec de la paille sèche. »

Ne renonçons à rien. Collectif (2017)

Ce petit livre est paru à l’issue de la tournée « Faut qu’on se parle », tournée qui a mobilisé et donné la parole à des milliers de citoyens partout au Québec à l’automne 2016. Dans cet extrait de Claire Bolduc, il est intéressant de remplacer le mot « démocratie » par « agriculture » et de constater que les phrases demeurent tout aussi puissantes. Rien d’étonnant, quand on parle de voter avec sa fourchette trois fois par jour!

« Notre démocratie a besoin de vous, personnes responsables et engagées qui se mêlent de leurs affaires. Susciter les échanges, créer l’espace requis au débat, y prendre part, c’est de cette façon que nous pourrons avoir un œil sur ce qui se décide et contribuer à modeler la société dans laquelle nous évoluons. »

La ferme impossible. Dominic Lamontagne (2015)

Je l’avais déjà lu à la parution, mais à la suite de la sortie du documentaire La Ferme, auquel participe Dominic Lamontagne, j’ai eu envie de le relire. Son essai expose les défis auxquels font face les petites fermes pluriproductrices au Québec. Cet extrait fait écho aux « personnes responsables et engagées » de l’extrait précédent, clairement appliqué à l’approvisionnement alimentaire.

« En offrant à une personne particulière de l’argent pour qu’elle produise régulièrement un aliment particulier, vous choisissez véritablement le type d’agriculture que vous voulez encourager. À vous d’user de discernement dans le choix de vos producteurs! »

Rural! Chronique d’une collision politique. Étienne Davodeau (2001)

Je ne lis pas beaucoup de bande dessinée, mais avec un titre comme Rural! j’ai été intriguée… et j’ai dévoré en une soirée cette histoire vraie portant sur la construction d’une autoroute en pleine campagne agricole française. Cet extrait est dit par un personnage qui a une ferme laitière biologique.

« Acheter et manger bio ne devrait pas être une démarche de précaution individuelle… mais c’est soutenir une idée d’inspiration collective sur le long terme… Et si vous mangez tous bio, nous produirons tous bio. Et là, vous vivrez dans un environnement réellement meilleur pour votre santé. »

Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu’est devenue l’agriculture. Fabrice Nicolino (2015).

On reste en France avec cette petite plaquette, achetée lors de mon récent séjour dans l’hexagone, sur les changements qu’a subis l’agriculture française en l’espace de quelques générations.

« Dans l’Europe qui se crée autour du traité de Rome (1957) (…), les possibilités d’exportation de produits agricoles vers des pays comme l’Allemagne et l’Italie sont immenses. (…) On abat les haies (…), on injecte sur chaque arpent une drogue pesticidaire qui fera des millions d’addicts, on draine les zones humides, on chasse de chez eux les paysans incapables de s’adapter (…). La machine avance. Les hommes reculent. Une vision de l’espace et du temps s’impose en quelques décennies. »

Manifeste pour une agriculture durable. Lydia et Claude Bourguignon (2017).

Il s’agit d’un autre tout petit bouquin (également français) bien synthétisé qui porte, entre autres, sur la santé des sols. J’ai été frappée par cette affirmation qui illustre un paradoxe de société.

« Curieuse civilisation obsédée de sécurité et d’espérance de vie, et qui ne protège même pas sa terre nourricière. »

Animal, Vegetable, Miracle. Barbara Kingsolver (2007)

Ce livre raconte l’histoire vraie d’une famille américaine qui se lance un défi de taille, celui de produire tout ce qu’elle consommera durant une année (d’avril à avril) ou de se le procurer de la manière la plus locale possible, ce qui veut donc implicitement dire de manger en saison. On suit leur quotidien, au fil des essais, des réflexions, des festins, des défis et des émerveillements.

« When you peruse the farmer’s market for fresh produce, the options are clear. You don’t miss what’s not there. (…) As the seasons change, different fruits and vegetables come and go, so as a shopper you learn a get-it-while-you-can mentality. »

Folk This Ain’t Normal. Joel Salatin (2011)

Le dernier ouvrage lu en 2017, mais non le moindre, est de la plume de Joel Salatin. Fermier créatif et coloré de la Virginie, qui signe également la préface du livre de Dominic Lamontagne, mentionné plus haut, Salatin parle (on a l’impression de l’écouter en conférence!) de sa vision de la normalité agroalimentaire, à coups d’exemples concrets, d’informations pratiques ainsi que de réflexions sociales, politiques et philosophiques. L’extrait choisi donne le ton du livre et conclut à merveille une année de lectures qui m’encouragent à poursuivre ma mission pour retisser des liens entre mangeurs et agriculteurs de proximité et enrichir, comme citoyens, notre culture agroalimentaire.

« And it seems to me that an educated person should know a few basic things about farm ecology. Not much, just a little. (…) This magical, marvelous food on our plate, this sustenance we absorb, has a story to tell. It has a journey. It leaves a footprint. It leaves a legacy. To eat with reckless abandon, without conscience, without knowledge; folks, this ain’t normal. »

Vous avez des suggestions de lecture pour 2018? Je suis preneuse!

* Les extraits sont présentés dans la langue originale des livres.

Julie Aubé

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