(2020.08). L’homme qui apparaît sur la couverture de Prenez le champ! c’est nul autre que l’inventeur du cidre de glace, Christian Barthomeuf, propriétaire du Clos Saragnat dans les Cantons-de-l’Est avec son épouse Louise Dupuis.

Au fil des années, j’ai amené des groupes les visiter, puis j’ai écrit à nouveau sur eux dans le Caribou hors série “Boire local” (dont une version courte est proposée ici). Un jour, Christian (qui me demande depuis longtemps de le tutoyer, ce qui m’a pris des années à intégrer – et encore, ce n’est que partiellement réussi!) m’a confié qu’il travaillait à écrire sa biographie. Et m’a demandé si je voulais l’aider à formuler la partie qui touche la vulgarisation agroécosystémique de sa “culture fondamentale”.

En y réfléchissant ensemble, on a pensé présenter le contenu sous forme de questions-réponses, comme si on invitait les lecteurs à faire partie d’un échange, d’une conversation conviviale, voire d’une des “visites-conférences” du Clos Saragnat durant lesquelles Christian entrecroise les anecdotes issues de ses voyages et de son parcours de vie avec les notions d’écologie et d’agriculture. Le paysan rebelle a tout de suite aimé l’idée du récit-conversation et c’est sous cette forme que le fruit de son travail acharné, dont il a fignolé et refignolé encore le récit, est publié aux Éditions du Passage.

La lecture est rythmée et digeste même pour les non-initiés à l’univers des boissons alcoolisées ou à l’agroécologie.

L’ouvrage – un legs – est inspirant tant par les propos que par les photos qui l’accompagnent. Imaginez une ferme magnifique immortalisée avec la touche magique d’une photographe de grand talent! Virginie Gosselin a visité Christian et Louise à chacune des saisons de l’année pour capter la beauté des lieux et des cultures qui se transforment au fil des mois. Puis, textes et photos ont été assemblés par la meilleure directrice artistique, Tania Jimenez. Résultat : l’histoire de pommes, de vin et de crottin (l’inimitable sous-titre de l’autoportrait de Christian) est un petit bijou de bouquin, à dévorer d’un trait, ou à savourer lentement un chapitre à la fois. Avec un cidre fermier biologique du domaine, l’accord est naturel.

Je connaissais Christian avant cette collaboration. Je le connais encore davantage depuis. Non seulement ce projet m’a fait plonger dans son histoire de vie pas banale du tout (vous verrez la fausse appendicite!), mais nos traversées du verger et nos promenades sur son “sentier de la pensée” (inspiré de celui de Darwin) qui s’enfonce dans la partie forestière de sa propriété, m’a permis d’observer de façon privilégiée le regard qu’il pose sur le vivant qui l’entoure. Il m’a conseillé deux livres que j’ai lus ce printemps : une biographie de Darwin (par Irving Stone) et La révolution d’un seul brin de paille (Masanobu Fukuoka). C’est intéressant de retracer les influences d’un homme et j’ai beaucoup aimé mes lectures. Je compte d’ailleurs lui demander d’autres recommandations.

Christian et moi partageons une curiosité et un amour sincère pour la nature, d’être des autodidactes à notre manière et un petit côté fonceur. Sur le “fond”, on se rejoint facilement. Mais sur la forme, nos styles diffèrent. Étant naturellement allergique aux conflits, je fais passer mes messages en ciblant des angles rassembleurs, en soulignant les bons coups plutôt qu’en pointant les moins bons et en misant sur la douceur du ton et des mots. Christian, lui, n’est pas homme de gants blancs. Comme l’indique le quatrième de couverture, il “nous livre ses réflexions et coups de gueule sur la production du vin et du cidre, l’agriculture, les dérives de l’industrie agroalimentaire et l’importance de la biodiversité“. Puis, en page 95, cet extrait qui le décrit bien : “Innovateur, visionnaire, dérangeant pour les uns, rebelle pour les autres, ce qui est indéniable c’est que Christian Barthomeuf ne mâche pas ses mots et ne laisse personne indifférent. Son discours est au diapason avec son art, sans tricherie et sans concession“. (Patrick Lessort, L’actualité alimentaire). Ce franc parler qui peut parfois déranger est, pour moi, franchement rafraîchissant : il formule tout haut, de façon souvent colorée, des choses que plusieurs savent sans trop vouloir les regarder en face. Converser avec Christian est à la fois enrichissant et généralement très drôle : l’homme au style unique passe souvent d’une information technique au badinage en un clin d’oeil rieur. Un vrai grand sage pas-si-sage! Un paysan rebelle. Une histoire et une philosophie à découvrir.

Dénichez-vous le livre, une bouteille du Clos Saragnat, installez-vous confortablement, puis savourez le tout!

Pour finir un texte sur l’inventeur du cidre de glace, une dernière photo, hivernale cette fois, qui, je l’espère, saura vous rafraîchir en cet été plutôt chaud.

Photos de cet article et du livre : Virginie Gosselin

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